Brian Kim Stefans: Les Assis

  Brian Kim Stefans

  ‘Les Assis (The Men Who Sit)’
 

  from Rimbaud
Gashed with pocks, scabby — their eyes encircled with green
bags, chubby fingers gripping their
thighs, skulls plated with haughtiness, vague
like the leprous flowerings of old walls —

They are grafted into epileptic loves — fantastic
ossatures fixed to the black skeletons
of the chairs, their feet to the rachitic crossings
of the chairs! They crook there, morning and night!

Old men entwined with their seats — the
vitamin sun makes burlap of their skin,
and, with eyes turned toward winter’s falling snow,
they tremble there, like pinched toads.

But the seats are good to them: shit
brown, old straw yields to their neglected hinds.
Dying suns — swaddled in stalks
of the corn they once fermented — shine for them.

Question marks, knees in teeth — green
pianists — ten fingers rapping a tambourine under
their seats… They sway to sad barcaroles
— their scissored scalps float on these motions of love.

Oh, but what is it that makes them get up? What a clowder
of scolded cats! Whining, stretching
— arise more slowly, Olympic champs!
The trousers puff around their bloated thighs.

And you can hear them: their bald heads
knock the dark walls… They stamp torqued feet
again and again! Their buttons? the eyes of crouched beasts
leering from down salty corridors.

Then they own that invisible hand
that murders — filters black poisons — cursing
the cadaverous eye of the pitiful dog,
so you choke. You are stuffed in obnoxious funnels.

Relaxed, fists plunged
in coarse cuffs — they’ve forgotten what made them get up!
From morning’s aurora to evening, tonsils bunched
in miniature chins — nearly burst with agitations!

When a sleep lowers their eyelids…
they dream of their seats made fecund — petite
lovers waiting in droves! They frisk among chairs to be born
amidst these proud bureaus.

Flowers of ink spit their pollen in commas
and comfort them… the length of crouched calyxes,
the flight of dragonflies by a file of gladioli
— and the barbed ears of corn arouse their penises.

__________
Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs
Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;

Ils ont greffé dans des amours épileptiques
Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
S’entrelacent pour les matins et pour les soirs !

Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
Sentant les soleils vifs percaliser leur peau,
Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
Tremblant du tremblement douloureux du crapaud

Et les Sièges leur ont des bontés : culottée
De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;
L’âme des vieux soleils s’allume emmaillotée
Dans ces tresses d’épis où fermentaient les grains

Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes
Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,
S’écoutent clapoter des barcarolles tristes,
Et leurs caboches vont dans des roulis d’amour.

– Oh, ne les faites pas lever ! C’est le naufrage…
Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,
Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !
Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés

Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves
Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors
Et leurs boutons d’habit sont des prunelles fauves
Qui vous accrochent l’oeil du fond des corridors !

Puis ils ont une main invisible qui tue :
Au retour, leur regard filtre ce venin noir
Qui charge l’oeil souffrant de la chienne battue
Et vous suez pris dans un atroce entonnoir

Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales
Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever
Et, de l’aurore au soir, des grappes d’amygdales
Sous leurs mentons chétifs s’agitent à crever

Quand l’austère sommeil a baissé leurs visières
Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,
De vrais petits amours de chaises en lisière
Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;

Des fleurs d’encre crachant des pollens en virgule
Les bercent, le long des calices accroupis
Tels qu’au fil des glaïeuls le vol des libellules
– Et leur membre s’agace à des barbes d’épis

__________

– Texte de la copie de Verlaine (Bibliothèque Nationale, ancienne collection Barthou).

– Première publication parue dans “Lutèce”, 12-19 octobre 1883, avec quelques variantes.


Author’s note: I made three translations from Rimbaud around 1991. One of them, ‘Seven Year Old Poets,’ appeared in my book Angry Penguins in 2000. I’ve only brought this translation to a satisfactory form earlier this year (2014). The third poem, ‘Sisters of Charity,’ still eludes me in English. — B.K.S. 2014.

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